à propos

Il y’a un an j’ai commencé l’écriture d’un projet musical, vidéo et scénographique que je voulais « solo ». Passer par cette expérience qui me livrerait à moi-même, raconter l’intime en évitant l’introspection, détricoter l’omniscience à laquelle nous pousse souvent l’écriture d’une chanson et faire dans un geste extrêmement simple, juste avec ce que je suis, avec ce que j’ai. Rien de plus, rien de moins. « Il faut faire avec » dit on… Mais avec quoi ou avec qui quand « ON » n’est qu’ »un »? J’ai alors repensé à plusieurs tentatives magnifiques de ce genre : le cinéma d’Agnès Varda (et tout particulièrement « Daguerrotype » ou la réalisatrice ne filme que son pâté de maison), la série des Fenêtres de Matisse (où le peintre alité ne peint que le petit carré de fenêtre que son immobilité forcée lui offre à voir), aux disques de Daniel Johnston aliénés à sa solitude, aux solos de Thelonious Monk où encore à « Rock Bottom » de Robert Wyatt. Toutes ces oeuvres interrogent finalement une sorte de solitude peuplée et d’immobilité contemplative.

Au lieu d’écrire alors une succession de chansons sur différents sujets j’ai voulu écrire sur ce qui se passait réellement dans mon champ de vision et d’audition et confronter cette minuscule source à la déformation du Temps. Comment décrire la même image plusieurs fois alors qu’elle n’est jamais vraiment la même selon l’endroit d’où on se place, selon que le temps la transforme? C’est ainsi que d’une certaine manière je me suis retrouvé à écrire mes « 4 saisons » intimes en racontant presque à chaque fois le même paysage, celui que je vois et entends de chez moi. Mon minuscule espace niché au troisième étage et donnant sur un parc ou des dames chinoises s’entrainent à la danse et où des enfants jouent au ballon tout le jour durant… Cet infiniment petit au cours de cette année s’est alors tantôt transformé en Grand Espace, en Falaise, en Grotte, en Prison fluctuant au gré des saisons et des jours qui passent me donnant au final la sensation que je faisais moi aussi partie de ce paysage, aussi immobile que l’immeuble qui me fait face ou volatile que le rire des enfants en bas de chez moi qui viennent, s’envolent et disparaissent quand la nuit tombe.

C’est donc plutôt un carnet de voyage immobile mais pas statique que je cherche à raconter en musique, en texte et images dans ce Solo, sorte d’Opéra pour un homme seul que nous avons réalisé ensemble avec Yvan Schreck.